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L’émergence de la Francophonie sur la scène internationale est-elle le résultat d’une attente de la francophonie ou le produit d’une volonté politique étatique ? En quoi son évolution ultérieure est-elle conditionnée par ces deux facteurs originaires ?
La première réflexion porte sur la légitimité de l’organisation et de l’institutionnalisation de la francophonie. Elle implique de définir le point de vue des acteurs de la Francophonie et de la société civile. Elle suppose de rechercher les modalités du processus d’institutionnalisation avec le passage progressif de la société civile à l’institution, avec le souci de reconstituer le processus qui a conduit à partir d’actions jusque là volontaires, diffuses et variées, à installer une institution apte à porter ces actions, à les fédérer, à leur donner un sens commun à l’ensemble des membres. Cette démarche doit s’appuyer sur l’appel à la théorie de l’institution, avec la question des rapports de pouvoirs et des reconnaissances mutuelles : c’est, pour la Francophonie, un véritable l’enjeu que de se faire reconnaître par d’autres institutions et de sélectionner celles avec lesquelles elle souhaite collaborer.
La vision et la pratique en Francophonie des relations internationales apportent-elles à ces dernières des solutions spécifiques qui satisfassent les intérêts des États sans porter préjudice à la francophonie ?
Une deuxième réflexion porte sur la Francophonie revisitée à la lumière des théories des relations internationales. Il s’agit d’étudier si la Francophonie, avec sa vision et sa pratique, peut, dans ce domaine, ajouter sa contribution à celle des autres grands acteurs institutionnels. Cette question est rendue plus pertinente par le constat qu’à partir des années 2005-2006, à la volonté de l’Organisation des Nations unies (ONU) d’intégrer l’individu dans ses préoccupations s’est substitué le retour des États au premier plan. La place de la Francophonie-francophonie est confrontée aux méthodes du réalisme-néo-réalisme, du constructivisme social, du néolibéralisme institutionnel, de l’école anglaise avec sa dimension historique et son appel aux institutions. Ces champs d’étude supposent d’utiliser l’approche des institutions dans leurs diverses théories. L’analyse repose également sur la détermination des rapports entre normativisme et francophonie. Elle suppose d’expliciter la connexion existant entre l’approche francophone et le rôle de la société civile internationale, en se fondant sur les analyses élaborées à propos des acteurs non étatiques dans les relations internationales.
Qu’est-ce qui légitime le discours de la Francophonie, et dans quelle mesure la volonté des États lui permet-elle de saisir la diversité des expériences ainsi que les besoins et les attentes des communautés francophones ?
Un troisième thème d’investigation susceptible de prolonger la réflexion conduit à passer au crible de la critique le langage et le discours de la Francophonie. Une telle analyse doit être menée à partir d’une évaluation des grands discours de la Francophonie en termes de thématique et en se posant la question de la pertinence de ces discours, telles par exemple les déclarations de Bamako, du Luxembourg, de Ouagadougou, de Saint-Boniface… notamment en fonction du langage de ces discours. Il convient de se poser la question de savoir si, dans certains cas, l’on ne serait pas en présence d’une simple traduction en français, tardive et maladroite, de ce qui a été fait ailleurs depuis longtemps. Dans cette perspective, s’impose une analyse critique des termes utilisés de façon à rompre avec une démarche qui se borne trop souvent à une simple description. C’est là que la francophonie peut apporter un élément nouveau, par une attitude systématique de suspicion à l’égard des mots, en évitant l’analyse de texte en soi afin de privilégier une lecture critique, éclairée, en outre, par une analyse du contexte francophone.
Dans quelle mesure le périmètre de la francophonie se reconfigure-t-il par rapport aux dynamiques des relations internationales, eu égard à la pluralité de la francophonie, à la recherche de la légitimité d’une instance internationale et aux attentes multiples et contradictoires des États ?
Une quatrième réflexion s’intéresse aux territoires et aux marches de la francophonie. Le concept de territoire est pris ici dans un sens qui renvoie à la fois aux notions d’identité, de périmètre… Pour reprendre l’idée de marches, il en est qui sont intégrées officiellement à la Francophonie, telles la Roumanie, l’Autriche ou la Slovaquie, tandis que d’autres n’existent qu’en francophonie, ainsi de l’Algérie. Se pose ici le problème du multiculturalisme et celui, inimaginable il y a quelques années, des rapports entre langues, religions et francophonie. Une question ne peut être éludée, celle de l’élargissement de la francophonie, du risque de dilution auquel elle s’expose, de l’adéquation des moyens par rapport aux objectifs qu’elle impose.
La pluralité caractéristique de la francophonie peut-elle se traduire par l’émergence de solidarités intra régionales en dépit de la divergence des intérêts étatiques et de la logique universaliste de la Francophonie ?
Une cinquième réflexion consiste à présenter la francophonie entre pluralité et légitimité. Elle conduit à s’interroger sur les rapports perçus et réels entre francophonie et perspectives de développement économique. Elle suppose une comparaison entre la Francophonie et le Commonwealth, ainsi qu’avec les mondes hispanophone et lusophone, en Afrique. Elle renvoie aux questions de l’image et du regard de la francophonie du Sud ainsi que des attentes de cette francophonie du Sud, pour autant que l’on puisse déterminer les possibilités de coopération, voire de solidarité entre pays du Sud francophone. Autres interrogations : quelle perception de la Francophonie, de la francophilie et de la francophobie ? Est-on capable de découpler la francophonie d’une relation bilatérale privilégiée avec la France ? Quelle pourrait être l’autonomie de la francophonie rapport à la France ? Enfin peut-on évaluer le degré de présence dans la francophonie du Sud d’un sentiment d’appartenance ?
