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Comment la philosophie, la politique, le droit, l’anthropologie, la sociologie, etc. appréhendent-ils l’État dans sa longue durée historique et notamment comment se sont construites les figures de l’État moderne ?
Les grandes théories modernes de l’homme et de la société, par leur approche disciplinaire spécifique ou de plus en plus dans un dialogue transdisciplinaire, ont articulé des questions portant sur la création, la légitimation et le fonctionnement de État, de ses institutions, de ses figures politiques, économiques ou juridiques, en un objet important. A l’époque contemporaine, les différentes figures de l’Etat ainsi que ses pratiques ont été indissociables d’une réflexion scientifique dans le champ disciplinaire des sciences humaines et sociales, ce qui a doublement conduit à une appréhension critique de l’Etat et à des instrumentalisations à des fins de légitimation.
En quoi l’accélération contemporaine d’un processus de globalisation conduit-elle à une reconfiguration de l’État ?
L’État – confronté aujourd’hui à l’accélération de la globalisation, notamment sous sa forme économique, à la multiplication des acteurs, à la recomposition du rapport au territoire – se voit questionner dans ce qui constituait hier ses caractéristiques majeures : emprise sur un territoire, souveraineté ultime, usage légitime de la force et capacité d’articuler « un grand récit fondateur ». Comment la mise en question de ses caractéristiques est-elle prise en compte et traité théoriquement et pratiquement en Francophonie ?
L’État serait-il devenu un acteur parmi d’autres, en passant de la toute-puissance à l’impuissance, dans un spectre de plus en plus large entre État de droit et droit de l’État, entre pouvoir et violence ?
Malgré les critiques actuelles dont le nombre témoigne dans une certaine mesure de ce que, pour beaucoup, l’Etat demeure la référence essentielle, d’autant plus sévèrement jugé que l’on en attend davantage, l’Etat ne peut passer pour un acteur comme les autres, même si le droit de l’État n’est plus la seule source pour déterminer les exigences de l’État de droit. De ce dernier point de vue, l’on pourrait presque y voir une tardive et inattendue victoire de l’école française sur l’école allemande. Il est vrai qu’une série de nouveaux acteurs font désormais figure de concurrents de l’État en interne (collectivités territoriales, monde associatif, structures économiques et professionnelles…) comme à l’international (organisations internationales, ONG, droit d’intervention humanitaire…). Serait-ce la nouvelle gouvernance, avec de nouvelles formes de concertation, avec une exigence de transparence, avec des processus de décision rénovés à base d’expertise, d’audit et d’études d’impact qui tente de fournir les bases d’un nouvel équilibre ?
Comment appréhender les reconfigurations contemporaines de l’État, qui conduisent à repenser à frais nouveaux les relations entre l’individu, la communauté et le politique ?
Maints analyseurs permettent de rendre compte de ces reconfigurations ; on se saisira dans un premier moment du religieux en tant qu’indicateur privilégié des évolutions en cours. Le religieux permet en effet de cerner, par exemple, les phénomènes contemporains d’individuation, de privatisation, de légitimation au cœur de cette réorganisation des relations entre individu, communauté et politique. Ainsi, l’individuation est censée mettre en évident l’émergence de nouvelles modalités de croire qui ne connaissent d’autre validation que la validation individuelle. A son tour, la privatisation parle du brouillage des frontières entre espace public et espace privé et de la mise en concurrence entre l’Etat et des groupes religieux conduisant à la privatisation de certaines des prérogatives traditionnelles de l’Etat. Enfin, la légitimation traduit le fait que si aucun récit collectif et fondateur n’est plus crédible (avec le corollaire immédiat : toute récit est susceptible de devenir crédible, ne serait-ce que provisoirement et à des fins souvent extérieures à la communauté) reste entière la question sur le rôle du discours tenu par l’Etat, dans les conditions où toute instance (et toute institution) se voit contester dans ses revendications de légitimité et où, pour reprendre l’idée antérieure, l’on assiste à ce qu’on pourrait appeler une « privatisation de la Weltanschaaung » ;
Comment, au regard de l’évolution des phénomènes décrits antérieurement, peut-on penser aujourd’hui et dans une approche pluridisciplinaire la question du pouvoir ? De quelle manière les théories philosophiques, juridiques, sociologiques ou politiques du pouvoir élaborées en Francophonie permettent-elles la construction des modèles d’analyse pluridisciplinaire au service d’une meilleure compréhension des dynamiques de la société contemporaine ?
Une approche pluridisciplinaire de la question du pouvoir (au niveau d’un concept qui se distingue et s’apparente en même temps à l’autorité, à la force, à la violence, etc.) ouvre un chantier de recherche plus à même d’étudier la relation qui s’établit dans les sociétés contemporaines entre obligation légale, opportunité politique et exigence morale. L’étude de cette relation sur le fil des jeux de pouvoir et de contre-pouvoirs, des résistances à l’oppression et de la création de nouvelles formes d’être-ensemble, jette une lumière non seulement sur les techniques d’institutionnalisation du pouvoir, mais aussi sur les arts de faire des individus et des communautés qui font émerger des pratiques sociales nouvelles. Est-ce qu’une telle approche lancée et développée en Francophonie serait capable de répondre à la question de l’existence d’une ou des communautés francophones, autres que celles internationales ou trans-étatiques ?
