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Observatoire du Réseau des instituts francophones régionaux d’études stratégiques

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la question centrale

Les enjeux de la francophonie peuvent-ils mobiliser des politiques nationales au service de la Francophonie ?

argumentaire : si la Francophonie est née au début des années 1970 pour consacrer certaines initiatives venues de la société civile, c’est-à-dire de la francophonie, elle a évolué au point de représenter actuellement deux réalités différentes bien que complémentaires. Dans son acception la plus large, la Francophonie englobe l’ensemble des actions de promotion de la langue française et des valeurs qu’elle véhicule, sans considération des pays dans lesquels cela s’inscrit. Au sens politique et institutionnel, elle qualifie une organisation internationale qui regroupe les États et gouvernements ayant adhéré à sa Charte. La distinction entre francophonie et Francophonie n’apparaît donc pas seulement logique mais aussi chronologique, fondée sur une évolution : la société civile a développé des institutions francophones spécialisées consacrées par les États à travers la mise en place d’une structure politique à vocation internationale.

Cette institutionnalisation ne doit toutefois pas faire perdre de vue l’essentiel : la francophonie pose la question du statut de l’individu dans les relations internationales. L’existence d’une francophonie transnationale se heurte toutefois au constat suivant : plus la Francophonie s’engage sur le terrain des relations internationales, plus elle se rapproche de l’intergouvernemental, et plus elle risque d’être confrontée aux dynamiques des relations internationales. Il convient enfin d’observer que la Francophonie n’a aucun intérêt à ce que cette évolution soit poussée trop loin dans la mesure où ce sont les dynamiques de la francophonie qui rendent en grande partie légitime un projet inter-étatique.

Au niveau des États francophones, les 68 États et gouvernements ont en commun une triple diversité : - spirituelle, c’est-à-dire le sentiment d’appartenir à une même communauté, cette solidarité qui naît du partage des valeurs communes aux divers individus et communautés francophones - géographique, c’est-à-dire l’ensemble des peuples, des hommes et femmes dont la langue, maternelle, officielle, courante ou administrative, est le français - politique enfin, puisque tous les types de régimes politiques, tous les niveaux de liberté sont représentés. Au-delà de cette diversité, et en fonction de l’implication des États et gouvernements francophones, la Francophonie tente de passer d’un mouvement linguistique et culturel à une réalité géopolitique, une zone d’influence dont le périmètre reste à déterminer.

Au niveau de la francophonie enfin, si la convergence des intérêts et des besoins des pays francophones a permis l’institutionnalisation progressive d’un ensemble géoculturel, les bouleversements économiques, politiques et culturels qui accompagnent la mondialisation impriment à ce même ensemble une évolution particulière. A une époque où prédominent rationalisation économique et standardisation culturelle, la Francophonie aurait-elle pour mission de faire prévaloir la pluralité qui caractérise la francophonie ? Dans quelle mesure le développement de la Francophonie sur la scène internationale viserait-elle à préserver ou à encourager l’existence des identités nationales ? Chaque culture juridique d’un État francophone repose en effet sur une certaine conception de la place de la norme juridique dans une société qui n’est jamais formulée a priori. Les conditions de son émergence restent des sujets d’interrogation d’autant plus importants qu’ils sont appréhendés dans une perspective essentiellement nationale dans le cadre des rapports entre l’État, les citoyens ou les groupes qui composent la société concernée.


 
 
 
Dernière mise à jour du site : 27 mai 2011